Appel à communications - Préhistoire et anthropologie entre science, philosophie, politique et internationalisme. À propos de Gabriel de Mortillet

Colloque international

, by Jean-Michel Colas

25 au 26 novembre 2021
Lieu du colloque
Paris, Saint-Germain-en-Laye (France)

Les propositions de communication ou de poster devront être soumises sur le site du colloque avant le 28 fevrier 2021 avec coordonnées, rattachement institutionnel de l’auteur / des auteurs, titre et résumé bilingue de 1600 signes pour les posters, de 2500 à 3000 signes pour les communications, à rédiger en français ou en anglais, pour les pré-actes.
Un guide pour s’inscrire et déposer les propositions est à disposition sur le site du colloque à :
https://200ansmortillet.sciencesconf.org/

Pour toutes questions veuillez contacter le Secrétariat du colloque à l’adresse ci-dessous :
200ansmortillet@sciencesconf.org


Au cours du XIXe siècle, la construction intellectuelle et matérielle de l’archéologie des temps préhistoriques a été un processus complexe et aux origines multifactorielles.

Ce processus s’est accompagné de l’élaboration d’un récit historiographique à but de légitimation tant nécessaire qu’utile pour justifier la place, le rôle et l’autonomie de la discipline naissante. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’archéologie a été souvent pratiquée par des savants appartenant à des disciplines distinctes (historiens, philologues, ethnologues, médecins, paléontologues, géologues, etc.) et s’est confondue avec l’anthropologie. Les vestiges matériels du passé étaient alors analysés sous des angles de vue très divers se recoupant d’une façon complexe et suivant des objectifs épistémologiques qui parfois n’étaient pas tout à fait les mêmes pour l’ensemble de ces savants. Des tendances et des courants d’idées dominantes ont cependant structuré ces différents éclairages permettant à l’archéologie préhistorique de se détacher des pratiques et des réflexions strictement antiquaires, historiques et naturalistes pour se doter d’une méthodologie et d’une démarche propres.

Depuis une trentaine d’années, des chercheurs, issus d’horizons scientifiques divers, se sont donné les moyens de dépasser cette historiographie originelle et les lacunes implicites d’une simple narration historique pour se pencher sur la complexité et la richesse de la construction de la discipline. Ces travaux nouveaux ont marqué le regain d’intérêt de la communauté scientifique, en France et dans le reste de l’Europe, pour la Préhistoire. L’appropriation résolument historienne de ces questions, aujourd’hui érigée en domaine d’étude, a marqué une rupture. Elle a permis d’ouvrir la réflexion à une véritable contextualisation intellectuelle et sociale de la discipline en prenant en considération les démarches collectives et individuelles.
Ce colloque sera donc l’occasion de réexaminer des concepts, des faits, des objets, des méthodes et des hommes dans une démarche pluridisciplinaire et dans un cadre géographique élargi.

Pour ce faire, le bicentenaire de la naissance de Gabriel de Mortillet (1821-1898) offre l’opportunité de procéder à cette évaluation à travers l’un des acteurs majeurs de la préhistoire et protohistoire européennes, dont l’influence fut déterminante sur le second XIXe siècle préhistorien et au-delà. Les thèses défendues par Mortillet, les cadres interprétatifs et sa méthode chrono-typologique, tout comme sa personnalité même marquèrent toute une génération de préhistoriens et protohistoriens.
Il ne s’agit pas, à travers ce colloque, de se livrer à une évocation à visée mémorielle ou de produire une étude biographique en tant que telle, mais plutôt de suivre le fil du destin particulier de cette éminente personnalité, pour éclairer les caractéristiques d’un univers scientifique, dans son temps, dans son contexte (intellectuel, institutionnel…), dans ses objets et dans sa pratique archéologique.

Le parcours de Mortillet, ingénieur et géologue de formation, étudiant militant et athée à Paris, conservateur de musée, éditeur, élu républicain radical est à bien des égards illustratif d’une intrication entre science, projet de société et représentations philosophiques. Son parcours intellectuel, son engagement politique (socialisme, radicalisme), ses solidarités (matérialisme et sans doute franc-maçonnerie), ses voyages (exil politique puis voyages scientifiques), ses expériences sur le terrain, ses production éditoriales (périodiques, monographies), la reconnaissance de ses pairs (postes professionnels, constitution de collections dans des musées, transmission du savoir, engagement dans les institutions créées par Broca), seront autant d’éléments pris en compte au cours du colloque pour aboutir à un éclairage des conditions d’exercice spécifiques aux anthropologues et préhistoriens ainsi que de leurs contributions aux pratiques et techniques, à l’enseignement et à l’histoire de l’archéologie préhistorique.

Thème 1. Penser et faire l’anthropologie et l’archéologie préhistorique au XIXe siècle
Fervent anticlérical et très proche du mouvement socialiste, le jeune Mortillet a en effet mené parallèlement à ses études (CNAM, École des Mines, Muséum) une action politique extrêmement active et diversifiée (pamphlets, participation aux événements de 1848). Son engagement le rapprochera par ailleurs d’autres personnalités politiques et scientifiques dont il conviendra de préciser le rôle. À partir de 1864, un Mortillet plus scientifique semble s’imposer, mais les engagements de jeunesse ne sont pas loin.

Au-delà de la personnalité de Mortillet, le second XIXe siècle est une période charnière à bien des égards. Elle est donc essentielle pour comprendre la part d’influence exercée par l’environnement philosophique, scientifique, politique et social dans la structuration intellectuelle de générations d’anthropologues et des préhistoriens. C’est aussi le moment où une communauté préhistorienne internationale commence à s’esquisser.

Pour cette session, des communications sont attendues sur les thèmes suivants :
- Irruption et traductions diverses de la perspective évolutionniste dans un contexte d’éveil des sciences de l’Homme
Prise en compte d’une anthropologie des hommes actuels et fossiles, du biologique (raciologie) au culturel (comparatisme)
- Dimension socio-politique du contexte au sein duquel les futurs scientifiques et savants, et en particulier Mortillet et ses collègues, se sont formés et ont évolué (presse, implications politiques /militantisme, discours publics, caricatures…)
- Entrée de la dimension scientifique dans le champ du politique (solidarités, mandat électif, régime politique, projet politique)
- Cadre et débats académiques autour de la naissance de la discipline (Grandes Écoles, universités, sociétés savantes, revues spécialisées…)
- Émergence d’une communauté autour de l’anthropologie, constitution de réseaux spécifiques placés sous divers auspices scientifiques, philosophiques, politiques
- Influence du modèle Mortillet sur les archéologies locales en Europe continentales et dans les îles britanniques

Thème 2. Les archives du sol et les archives documentaires : un regard croisé et multidisciplinaire
Afin de faire revivre l’aspect « humain » de la recherche scientifique, cette section du colloque est consacrée aux archives sensu lato :
- Entrée de l’anthropologie et de la préhistoire au musée, continuité archéologique ou rupture muséographique
- Formation des collections archéologiques et de moulages
- Correspondances personnelle et institutionnelle, archives administratives, les marginalia et dédicaces des ouvrages, les inventaires des musées, les documents graphiques, les carnets de voyage, de fouille et cahiers intimes
- Vers la professionnalisation de la discipline : méthodologie de fouille et catalogage des découvertes – sites et/ou mobilier ; chrono-typologie.>

Thème 3. Gabriel de Mortillet préhistorien et voyageur scientifique sans frontières
L’émergence des sciences préhistoriques en tant que pratique et nouveau système réflexif est donc le fruit d’une confrontation internationale où, comme en Italie, la revendication de légitimation scientifique s’allie encore parfois à l’émancipation politique. Il conviendra alors de s’interroger sur les déplacements et les transformations des champs disciplinaires investis dans ces processus et sur la mise en oeuvre des concepts.
L’internationalisme scientifique prend définitivement forme et trouve ses principaux outils d’expression et de revendication publiques dans la création à Paris des Matériaux pour l’histoire positive de l’homme (1864) et surtout dans le premier Congrès international de Paléoethnologie (1866) à Neuchâtel, après une première réunion internationale à La Spezia (1865), conçu et mis en oeuvre par Mortillet et ses collègues. Lieux d’échanges, de convergences et de sociabilité, les congrès internationaux ont joué un rôle primordial dans l’autonomisation et la légitimation de cette nouvelle communauté scientifique. Avec les musées, ils constituent les premiers cadres institutionnels dans lesquels la discipline va se forger puis se déployer. Au-delà des congrès eux-mêmes et de leur formalisme, c’est tout une dynamique internationale qu’il conviendrait de questionner dans ses formes, ses réseaux et ses ressorts scientifiques et autres :
- Voyages scientifiques sans frontières (mission d’études, fouilles, acquisitions…)
- Réseaux savants
- Circulation des hommes, des idées et des collections


Comité d’organisation
Ch. Lorre, Musée d’Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye
V. Cicolani, UMR 8546 Archéologie et Philologie d’Orient et d’Occident CNRS-Université PSL (ENS-EPHE),
A. Hurel, UMR 7194 Histoire naturelle de l’homme préhistorique (Muséum national d’Histoire naturelle, CNRS, UPVD)

Comité scientifique
C. Blanckaert (UMR 8560 CAK), V. Cicolani (UMR 8546 Archéologie et Philologie d’Orient et d’Occident CNRS-Université PSL), N. Coye (ministère de la Culture, UMR 5608 TRACES), A. Hurel (UMR 7194 Histoire naturelle de l’homme préhistorique (Muséum national d’Histoire naturelle), M.-A. Kaeser (Laténium, université de Neuchâtel), Ch. Lorre (Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye), S. Péré-Noguès (UMR 5608 TRACES, université Toulouse Jean Jaurès), N. Richard (UMR 9016 TEMOS, université du Mans), N. Schlanger (École nationale des chartes), C. Schwab, Musée d’Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye, M. Tarantini (Soprintendenza Archeologia Belle Arti e Paesaggio, Firenze),
E. Warmenbol (département d’Histoire, Arts et Archéologie, Université libre de Bruxelles