Disparition de Abdelfattah Ichkhakh

, by Agnès Tricoche

C’est avec une très grande tristesse et une vive émotion que nous annonçons le décès de notre collègue et ami Abdelfattah Ichkhakh, survenu à Marrakech le 1er août dans sa 51e année.
Lauréat de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine de Rabat (INSAP), Abdelfattah Ichkhakh a été successivement conservateur-adjoint du site archéologique de Volubilis de 1993 à 2001, puis conservateur des monuments et des sites archéologiques de Mogador-Essaouira depuis 2001.

Archéologue, spécialiste de la Maurétanie occidentale (Maroc actuel), il a dirigé et a collaboré, grâce à ses compétences reconnues, à plusieurs programmes de fouilles de l’INSAP, notamment en coopération avec notre équipe dont il était chercheur associé depuis 1992 ; il avait été accueilli dans notre laboratoire comme professeur invité de l’ENS en 2007 et en 2012, et du laboratoire d’excellence TransferS en 2016. Il a ainsi activement participé aux travaux de terrain de Zilil, de Kouass, de la prospection du Bassin du Sebou, et des monuments religieux de Volubilis, Banasa, Thamusida et Lixus. De même, il a collaboré avec enthousiasme à plusieurs grands projets internationaux d’AOROC (ANR EauMaghreb, Gardens of the Roman Empire, Labex TransferS, Idex PSL TerMaghreb) sur des sujets divers : l’eau, les jardins, la céramique commune, l’architecture de terre. Par ailleurs, il a grandement contribué avec des équipes marocaines ou internationales aux fouilles archéologiques sur les sites de Volubilis, Mogador et Rirha. Archéologue de terrain passionné, il a su communiquer ses connaissances aux étudiants marocains et étrangers qu’il a souvent conseillés et encadrés.
Ses publications montrent son engagement actif dans la recherche et sa valorisation, couronné en 2017 par le Prix Serge Lancel de l’Académie des Inscriptions-et-Belles Lettres pour les volumes de Rirha, et marqué en 2020 par la parution d’une monographie consacrée aux Recherches archéologiques de la partie Nord-Est et Est du Quartier monumental de Volubilis, un site célèbre qu’il aimait tant.
En parallèle de ses travaux de recherche et d’archéologie, cet ardent protecteur et défenseur du patrimoine culturel marocain avait en charge plusieurs travaux de restauration de monuments de la Médina d’Essaouira, site classé sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2001, qu’il a marqué de son empreinte par son action efficace et éclairée.
Avec sa disparition, l’archéologie marocaine a perdu l’un de ses meilleurs représentants.

Les membres de l’UMR, ses collègues et amis très affectés par sa disparition prématurée, tiennent à témoigner leur profonde sympathie à Zhor, son épouse, à Yasmine, sa fille, à sa famille et à tous ses collègues et amis marocains. Ils garderont en souvenir son attachement à son pays, son érudition de l’histoire marocaine, sa modestie, et sa profonde gentillesse et générosité. Sa précieuse et amicale collaboration nous manquera indéniablement ; la publication des travaux qu’Abdelfattah a menés avec nous sera l’hommage que nous souhaitons lui rendre.

Néjat Brahmi, Virginie Bridoux, Véronique Brouquier-Reddé, Séverine Leclercq, Éliane Lenoir, Amina-Aïcha Malek, Florence Monier et Youcef Aibeche