Milet (Turquie)

, par Annick Fenet

Directeurs de la fouille : Christof BERNS (Prof. univ. Hambourg) ; Christine ÖZCAN (Prof. univ. Mimar Sinan, Istanbul)

Directeurs du projet ANR-DFG MegaMil : Christof BERNS, Julien ZURBACH (AOrOc)

Bourses GEITON
 
Le projet ANR/DFG Geiton (https://anr.fr/Projet-ANR-24-FRAL-0003), porté par J. Zurbach pour la partie française, lance un appel à candidatures pour des bourses destinées à soutenir la participation à la fouille de Milet, notamment la charge d’un secteur de fouille ou celle d’un dossier d’étude. Cette bourse d’un montant de 600 euros par mois pourra être octroyée pour plusieurs mois. Sont éligibles les participants à la fouille de Milet répondant aux critères mentionnés.
Les bourses sont rétroactives et pourront être versées pour les travaux commencés en 2025.
L’appel à candidatures est ouvert de manière continue. Les dossiers de candidature font l’objet d’un examen chaque année avant le 30 juin puis à nouveau avant le 30 novembre par la commission composée de la direction de la fouille et des responsables administratifs du projet.

Le dossier sera composé d’une lettre de motivation et d’un CV complet, faisant apparaître les expériences de terrain. Il est à envoyer à Julien.Zurbach@ens.psl.eu 

 

 

 

 

Milet est connu comme un exemple type d’une grande ville grecque antique, surtout pour son plan urbain : par-delà la figure d’Hippodamos, originaire de Milet et figure emblématique de l’urbanisme grec intimement rattaché à la cité-État, des travaux de terrain ont permis durant les années 2000 de tracer très précisément les articulations du plan urbain. Néanmoins, sa nature exacte et les moments importants de son histoire, de sa création à son abandon, restent obscurs. De manière paradoxale sur un site exploré depuis un siècle, les fouilles d’habitat sont très rares, conséquence de la concentration des travaux sur les grands monuments. Il est donc nécessaire de passer à une archéologie sociale et environnementale d’une grande ville antique, pour restituer, par-delà le dessein d’ensemble, les articulations locales et les processus concrets de l’organisation urbaine.

La fouille stratigraphique de deux zones (équipe allemande sur le Humeitepe, la colline septentrionale du site, et équipe française dans le quartier à l’ouest du Bouleutérion, en plein centre-ville hellénistique) a permis de fonder clairement certaines observations essentielles sur la chronologie du plan hippodamien et l’importance de l’entretien, voire de la construction des rues par les habitants du lieu, à l’échelle du quartier voire de l’îlot.

Chacune des zones de fouilles a permis :

  • des résultats d’ordre chronologique, sur l’ampleur temporelle de la mise en place et de la permanence du plan urbain antique, ainsi que sur les périodes précédentes (âge du Bronze, époques géométrique et archaïque) et suivantes (époques méso-byzantine, émiratie et ottomane) ;

en ce qui concerne l’implantation du plan orthogonal :

  • des résultats d’ordre fonctionnel et social : une résidence aisée dans la zone du Humeitepe, répondant à ce qui apparaît comme un plan type pour les résidences de l’élite, déjà connues par d’autres exemples anciennement fouillés et mal documentés ; ainsi qu’un quartier plus modeste, en plein centre-ville, près du siège du Conseil (Bouleutérion), avec des bâtiments plus petits et des ateliers (un atelier de bronzier fouillé en 2022, des vestiges d’artisanat du fer),
  • des résultats sur la nature et le fonctionnement du plan, entretenu à une échelle locale, cohérents avec les résultats des sondages dans les rues.

Des sondages ponctuels ont comme prévu été effectués dans les rues. Dans la zone à l’ouest du Bouleutérion il a été établi que les rues n’ont été mises en place que vers 400 avant notre ère, ce qui contredit les hypothèses maximalistes sur l’existence d’un plan orthogonal dès l’époque archaïque et pose en termes nouveaux la question de la nature de l’occupation à ces hautes périodes. Un sondage effectué par l’équipe française près de l’agora méridionale a montré qu’un segment de rue souvent représenté comme tel sur les plans de la ville n’avait jamais été aménagé et était resté à l’état de terrain vague (le rocher plus haut qu’ailleurs n’a pas été entamé) ; le plan hippodamien apparaît comme une proposition pas toujours réalisée. Des sondages en plusieurs autres points du site sont en cours et seront achevés en 2023.

L’étude des fouilles anciennes enfin a avancé, comme le montre le SIG en ligne, et les données seront utilisées dans le prochain volume sur les rues (Rues de Milet / Strassen von Milet, en préparation).

Pour plus d’informations, voir :