Mission débutée en 2024
Depuis 2026, le projet Syédra, le théâtre dans la ville est subventionné par la Commission des fouilles du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) en tant que fouille française à l’étranger. La fouille du théâtre de Syédra a débuté en août 2024, avec des financements d’amorçage d’AOROC, de PSL (Actions incitatives 2024, Global Seed Fund – Spring call 2024) et du Département des Sciences de l’Antiquité de l’ENS. Ce projet s’insère dans la jeune mission turque dirigée par H. E. Ergürer. Il a été monté en partenariat avec l’EPHE, représenté par D. Rousset et C. Saliou. Le projet est également lauréat d’un Partenariat Hubert-Curien (PHC) franco-turc, le programme Bosphore 2026, qui prévoit une subvention de deux ans de la part du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace (MESRE), d’une part, et du Conseil pour la recherche scientifique et technologique de Turquie (TÜBITAK), d’autre part.
Les ruines actuellement visibles de la petite ville de Syédra datent de l’époque hellénistique, mais plus encore impériale, et dans une moindre mesure byzantine. Le site connut ensuite un abandon propice à la conservation. Il s’agit de mener parallèlement la fouille et l’étude architecturale d’un théâtre présumé, encore enseveli. La confirmation de la découverte d’un théâtre s’ajoutant à un dénommé bouleutèrion tout récemment fouillé par l’équipe turque ferait de Syédra la seule ville de Cilicie Tracée à posséder deux édifices semi-circulaires à gradins, mais aussi la seule dotée d’un théâtre digne de ce nom : dans cette région montagneuse, on a donné aux petits édifices à gradins inscrits dans un plan quadrangulaire des appellations diverses qui trahissent des hésitations sur leur fonction, en comparaison des « théâtres » reconnus en Cilicie Plane, en Pamphylie et dans le reste de l’Asie Mineure. Nous abordons de front trois questions : la question de la polyvalence d’édifices qui pouvaient répondre à plusieurs usages (religieux et agonistiques, politiques et judiciaires notamment) plutôt qu’à une fonction déterminée ; celle de la diffusion des modèles architecturaux, des spécificités et des perméabilités régionales dans la panoplie des cités grecques, souvent présentée comme canonique ; celle, qui tient à l’histoire de la recherche enfin, de la construction moderne d’une typologie pouvant fausser notre appréhension des monuments antiques.
L’équipe est composée d’une vingtaine de chercheurs, étudiants et ouvriers venant de France et de Turquie, mais aussi de Suisse, de Suède, des États-Unis. Les levés topographiques et l’étude architecturale sont coordonnés par İpek Miora Erker, architecte indépendante. En 2025, Frédérique Marchand-Beaulieu (AOROC) s’est chargée de levés photogrammétriques Les premiers sondages ont permis de mettre en évidence non seulement de nombreuses phases documentées par un très riche matériel, mais aussi de mettre au jour une partie deux murs rayonnants qui pourraient avoir porté des gradins en bois similaires à ceux du petit théâtre voisin d’Antioche du Cragos. Le projet comprend aussi un volet épigraphique, en collaboration avec Denis Rousset (EPHE). En effet, H. E. Ergürer a bien voulu nous confier l’étude des inscriptions inédites qui sont dégagées chaque année par la fouille. Un article sur une dédicace impériale découverte en 2024, co-signé J. Capelle & H. E. Ergürer, est paru début 2026 dans le Bulletin de correspondance hellénique 148.1.
