Construire dans les îles : Villa Jovis, Capri
Mission 2024-2027
Construire sur une île représente toujours un défi. L’empereur Tibère fit édifier sur l’île de Capri, dans les années 20-30 ap. J.-C., une résidence hors norme : la Villa Jovis, vaste de plus de 40 000 m², perchée sur un promontoire rocheux difficilement accessible. Ce monument exceptionnel, symbole de pouvoir et de démesure, reste pourtant mal connu dans ses modalités de construction.
Notre projet vise à reconstituer les chantiers de construction de la Villa Jovis, en étudiant l’approvisionnement en matériaux, les techniques employées et les contraintes logistiques liées à l’isolement insulaire. Comment transporter, assembler les matériaux et ériger une telle villa dans un environnement aussi peu propice ? Quels savoir-faire et quelles temporalités ont été mobilisés ? Ces questions sont au cœur de notre recherche et n’ont jamais été développées sur ce monument singulier, objet d’une première étude par Clemens Krause, publiée il y a plus de vingt ans et dont nous tenons à prolonger l’héritage.
Objectifs principaux
• Cartographier les techniques de construction.
• Établir une chronologie des chantiers de construction et des restaurations.
• Caractériser l’origine des matériaux (analyses pétrologiques sur pierres et mortiers).
• Quantifier les volumes des matériaux et estimer les temps de transport et de réalisation.
• Associer des stages d’archéologie de la construction, permettant de former 14 étudiant·es à l’étude des élévations. Ce volet pédagogique participe directement à la relève dans la recherche et assure la transmission d’une spécialité archéologique peu représentée
Une recherche pluridisciplinaire et international
Ce programme est mené dans le cadre d’une collaboration entre l’AOROC-ENS, l’UNIL, l’IRAA – Université d’Aix-Marseille, l’Università degli studi di Napoli Federico II et le Centre Jean Bérard. Les archives d’A. Maiuri, directeur des fouilles de Capri dans les années 1930, enrichissent notre approche sur l’économie des chantiers, en offrant des données précises sur les restaurations du XXe siècle, comparables aux pratiques antiques. Archéologie, histoire de la construction, sciences de la terre et étude des archives se croisent donc pour éclairer un enjeu majeur : la soutenabilité d’un chantier impérial en milieu insulaire. La Villa Jovis interroge autant la logistique antique que les choix politiques et environnementaux d’un empire.